Rencontre avec le Collectif d’Initiatives Rurales et Solidaires

En plein cœur de Puy-L’évêque, le Collectif d’Initiatives Rurales et Solidaires s’emploie à faire bouger la vie locale. Derrière leurs produits bio faits à la main se cache une véritable expérience humaine, sociale et économique.

Des effluves frais de lavande s’échappent d’une petite porte donnant sur la Grand-Rue de Puy-L’évêque. Il est sage de se fier à son nez pour trouver les locaux du Collectif d’Initiatives Rurales et Solidaires.

Au fond d’un couloir, une belle voûte en pierre sous laquelle s’empilent des sacs d’argile blanche, jaune et verte. Une jolie collection d’huiles essentielles habite une étagère. Plus loin, de grands moules en bois attendent qu’on les remplisse. Dans une autre pièce, des savons finissent de sécher autour des membres du Collectif réunis pour les étiqueter.

Jouer collectif

L’association est née en 2012 dans un petit village de l’Aveyron avant de s’installer à Puy-L’évêque en 2015. Delphine, Michaël et quelques autres sont à l’origine de ce projet coopératif. Les objectifs sont clairs : devenir acteurs de l’économie locale, mutualiser les moyens de production, partager le travail, créer du lien en milieu rural. Selon leurs mots « faire gagner le groupe sur l’individualisme sans écraser l’individu ».

Dans l’équipe, certains sont des bénévoles assidus, d’autres viennent plus occasionnellement au gré de leur temps. Deux emplois ont été créés que Fanette, Delphine et bientôt Michaël se partagent. Toute la troupe produit des déodorants crème, des savons « Le Simple », du savon à barbe, des shampooings solides, mais aussi des pickles et des pâtes à tartiner. Tout est bio, fait à la main et certifié Nature et Progrès.

Ici il n’est pas question de profit personnel, les bénéfices sont systématiquement réinvestis dans le Collectif avec la volonté de diversifier les projets, générer de l’emploi ou améliorer les moyens de production. Une imprimante 3D collective est en cours de fabrication. Les produits d’hygiène demandant de grosses quantités d’huile d’olive, l’idée a germé d’acquérir une oliveraie en Espagne. Delphine, Fanette et Michaël songent à y créer un emploi et pourquoi pas en faire un lieu d’accueil, d’échange.

Faisons du savon !

Pendant que le reste de l’équipe étiquette, Delphine pèse minutieusement chaque ingrédient d’un savon surgras. Celui-ci sera au lait de brebis, au benjoin et au patchouli. Elle amène toutes ses préparations à bonne température avant de les mélanger dans une grande bassine. Ancienne aromaticienne, c’est la chimiste de l’équipe. C’est elle qui concocte les recettes des produits d’hygiène. Dernièrement, elle a enrichi la collection de déodorants crème d’un petit nouveau à la lavande et à la sauge.

Delphine joue du mixer à bras, les liquides s’épaississent, l’émulsion se fait, c’est la saponification. Le reste des ingrédients s’ajoutent à l’ensemble, le lait, les huiles essentielles, ça sent bon.

Une partie du mélange est ponctionnée et colorée à l’argile. Puis elle verse tour à tour les deux préparations dans un moule en bois. Avec une spatule, elle dessine des volutes, des lignes. Le résultat final est proche du glaçage d’un mille-feuille et donnera des savons marbrés. Il faudra attendre au moins 24 heures pour que le savon se solidifie. Il sera coupé en portions égales, séchera quelques semaines sur des étagères avant d’être emballé et proposé à la vente.

Dans la pièce d’à côté ça sent le café. La conversation est joyeuse, ça parle de tout et surtout du prochain voyage en Espagne. Une petite troupe partira en éclaireur pour préparer le projet d’oliveraie. Souhaitons leur bon voyage pour cette nouvelle aventure collective.